François Cardinal

Pour le retour des animaux en ville…

Le dictionnaire anglais Oxford Junior s’est enrichi des termes MP3 et Blackberry il y a quelques années. Rien de surprenant… jusqu’à ce qu’on apprenne qu’on avait retiré des noms d’animaux pour faire de la place à ces nouveaux mots!

Double signe des temps, j’imagine. À mesure que la technologie progresse, la nature se retire lentement, mais assurément. Surtout en ville et en banlieue, là où l’on «bétonise» tous azimuts, où les animaux ont à toutes fins utiles disparu, mis à part les irréductibles pigeons et écureuils.

Qui se souvient, aujourd’hui, que les Montréalais résidants autour du très urbain Parc La Fontaine se réveillaient, à une autre époque, au cri des éléphants que l’on gardait captif dans le Jardin des merveilles? Qui se rappelle des animaux qui passaient l’hiver au Parc Angrignon?

Plus personne, ou presque. Pas surprenant dans un tel contexte que les enfants reconnaissent moins les espèces animales que les logos d’entreprises et personnages du petit écran. Ce qui est étonnant, par contre, c’est la vitesse avec laquelle cette disparition se produit dans l’imaginaire de ces mêmes enfants.

Bien sûr, il y a des zoos autour des centres urbains. Il y a le Biodôme à Montréal, l’Aquarium à Québec. Mais ce qui manque, ce qui a disparu, ce sont des endroits où il est possible de nouer un contact avec des animaux moins exotiques, qui ont leur place dans l’écosystème urbain. Pensons aux poules et aux chevaux.

Il y a là un enjeu que les élus devraient ajouter à leur réflexion lorsque vient le temps de prendre une décision. Y a-t-il une option qui permettrait aux citadins, surtout les plus jeunes, de reprendre contact avec les animaux, avec la nature au sens large?

Prenons l’exemple des calèches dans le Vieux-Montréal, que certains manifestants et résidents voudraient voir disparaître. On se désole des odeurs, du mauvais service, du traitement réservé aux chevaux.

Mais en même temps, la réflexion ne doit pas se limiter à certains désagréments qui n’ont rien de bien dramatique. Il faut plutôt élargir le propos, se rappeler que les chevaux ont toujours eu leur place dans les rues de Montréal. Aujourd’hui à titre de produit touristique, mais avant, à titre de moteur à quatre pattes, pour tirer des taxis, des tramways et des réservoirs des pompiers, pour charrier du lait, de la glace et de la neige.

Il s’agit donc d’un vestige du passé, d’un élément du patrimoine vivant de Montréal, des villes. Veut-on vraiment qu’ils disparaissent pour de bon parce qu’ils ne cadrent plus, aujourd’hui avec cette ville aseptisée que nous recherchons?

Pourquoi ne pas plutôt faire plus de place au cheval, le mettre en valeur pour des raisons historiques, lui redonner de l’importance comme le font certaines communes françaises?

Le cheval a en effet retrouvé la faveur de certains édiles municipaux qui ont décidé de le ferrer à nouveau pour remplacer les petits véhicules à moteur qui servent à l’entretien des parcs, ou encore pour faire la collecte des déchets, une activité qui sied bien à la vitesse de pas du cheval.

À Montréal, le cheval pourrait aussi reprendre du service pour animer les enfants, s’ajouter aux pierres grises en tant que témoins d’un passé révolu. Après tout, il s’agit d’un élément non négligeable de l’histoire française en sol américain.

La revalorisation du cheval permettrait ainsi de dépoussiérer un épisode important du Québec… tout en permettant aux plus jeunes de reprendre enfin contact avec une nature qui disparaît trop vite.

François Cardinal
Avril 2014