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Mon premier camping d’hiver
1 mars 2018

Mon premier camping d’hiver

Afin d’offrir une expérience unique bien représentative du scoutisme à ses deux services civiques de France, Louis-Vianney et Jeanna, l’ASC leur a fait vivre un week-end hors du commun et typiquement québécois… imprégnez-vous de ce qu’ils ont vécu lors d’une fin de semaine de camping d’hiver en lisant le texte de Louis-Vianney. Cette immersion a été possible grâce aux scouts de la région de Bellefeuille (du district des Ailes du nord), et Claude Corbeil, directeur du Programme des jeunes à l’ASC.

Chez les scouts canadiens, le camping d’hiver est une institution. Les francophones de l’ASC ne dérogent pas à la règle. Accueilli par les scouts de Bellefeuille, près de Saint-Jérôme (Québec), j’ai eu la chance de découvrir, moi modeste français qui n’avais encore jamais dormi dans un abri de neige, cette tradition scoute des pays froids. Retour sur une fin de semaine pas comme les autres.

La construction de quin-zhee, un travail qui dure une journée.

Il serait faux de penser que le camping d’hiver commence au premier coup de pelle dans la neige, le samedi matin. Ou même au réveil à 6 A.M. et au dernier regard dans le sac à dos pour vérifier que rien n’a été oublié. Non, en réalité, votre premier camping d’hiver vous trotte dans la tête bien avant cela. Quand, deux semaines avant le jour J, vous regardez un peu nerveusement l’écran de votre téléphone intelligent ouvert sur l’application météo en espérant des températures pas trop froides et, surtout, un temps sec.

Tout devient bien réel au moment de la formation obligatoire dispensée par un moniteur scout accrédité. Chargé de démystifier ce camping d’hiver que beaucoup voient, la première fois, comme une épreuve, il transmet la confiance nécessaire, nous assure de la solidité et du savoir-faire de l’encadrement et nous apprend à nous préparer. C’est Claude Corbeil, directeur du programme des jeunes à l’ASC, ancien animateur et grand habitué de camping d’hiver (d’ailleurs, il nous accompagnera), qui joue ce rôle pour ma courageuse collègue Jeanna, qui travaille également en service civique à l’ASC, et moi. Le mot d’ordre : « Sans bonne préparation, pas de bon camping d’hiver… »

Bienvenue à Bellefeuille

Rendez-vous est donné le samedi matin devant le local des scouts de Bellefeuille, à côté de Saint-Jérôme, pour mettre en pratique toute cette préparation. Le moral est bon, le temps aussi : les températures flirtent avec le zéro degré et le soleil fait quelques apparitions au gré du déplacement des légers nuages. Maxime, l’animateur, nous accueille avec un grand sourire. Deux foulards du 38e groupe scout de Bellefeuille nous sont donnés et nous voilà déjà partie intégrante de la troupe. Les jeunes arrivent au compte-goutte, un paquetage parfois plus gros qu’eux sur le dos. Ils ont entre 11 et 14 ans et, pour beaucoup, le camping d’hiver est une grande première.

L’excitation est à son comble et Maxime, après un petit discours d’encouragement à tous, laisse les jeunes choisir l’emplacement des quin-zhees, ces abris de neige d’origine amérindienne que nous allons construire pour passer la nuit : le but, les responsabiliser au maximum. Nos quin-zhees prendront place à l’orée d’un petit bois, derrière le local des scouts. Tout le monde connaît son rôle et les premiers coups de pelle sont donnés. Avec, évidemment, beaucoup d’enthousiasme. Très vite, je comprends qu’aujourd’hui l’ennemi ne sera pas le froid mais bien la transpiration. Car la neige, bien gelée à cause de la pluie de la journée précédente, ne se laisse pas creuser facilement et il faut mettre de solides coups de pelle pour casser le manteau blanc.

« Et quand on a fini on fait quoi… ? » « Bah… on aide les autres »

Au bout d’une heure, les langues se tirent mais les sourires ne sont pas effacés. Deux amoncellements de neige grimpent vers le ciel, toujours bleu, et nous laissent deviner l’emplacement de notre future chambre pour la nuit. Les bras commencent sérieusement à piquer mais, à chaque fois que je lève la tête, je ne vois que des jeunes scouts, de plus de 10 ans mes cadets, creuser et pelleter la neige sans aucun signe de fatigue ni de lassitude, alors je redouble d’efforts. On m’avait prévenu, c’est « la force de la troupe ». Tout le monde a bien retenu la leçon et module son équipement en fonction de la réponse de son corps : il faut absolument éviter de se retrouver en sueur mais en même temps ne pas non plus trop se découvrir. Et cela, encore une fois, sans que l’animateur, n’ait besoin de le souligner.

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Les filles, (presque) au chaud dans leur abri de neige.

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Le quin-zhee des filles, auxquelles nous prêtons main forte, avance bien et vers 11h, nous voyons le bout de la première étape : un gros tas de neige en forme de dôme de presque trois mètres. J’ose une petite question à ma collègue : « Et quand on a fini, on fait quoi ? » Je suis rattrapé au vol par la plus jeune des scoutes : « Bah… on va aider les autres ! » Les garçons, aidés par Maxime, sont eux aussi bien avancés. Nous décidons donc de nous mettre au boulot pour le troisième quin-zhee, celui des « adultes ». Le but, le finir avant de manger. Mais, déjà bien entamés physiquement par la matinée, Jeanna, Claude et moi avons bien du mal à faire avancer le chantier. Résultat, les jeunes préparent à manger pendant que nous piochons et, finalement, nous baissons pavillon à l’heure du dîner, quand les premières effluves du repas préparé par les jeunes arrivent à nos narines.

Le dîner, moment de partage – et aussi de récupération, il faut bien l’avouer –, est englouti avec gourmandise. Deux des quin-zhees « reposent » au soleil avant d’être évidés quelques heures plus tard afin de créer l’abri nécessaire tandis que l’autre dépasse difficilement les 50 centimètres. Mais ça, c’était sans compter sur la fameuse solidarité scoute. Dès le dîner terminé et la table rangée, jeunes et moins jeunes combinent leurs forces et, très vite, le quin-zhee des adultes n’a plus rien à envier aux deux autres. Mieux encore, voir tout le monde se donner à fond fait presque oublier les courbatures qui commencent à pointer le bout de leur nez. « C’est au moment où tu commences à avoir envie de rentrer chez toi que l’aventure commence vraiment », rigole l’un d’entre eux.

Nuit magique… et réparatrice !

C’est l’heure de la seconde étape, peut-être la plus délicate et sûrement pas la moins physique : il faut creuser le tas de neige afin de créer une voûte assez grande pour pouvoir passer la nuit. L’après-midi est déjà bien entamé et le but est de terminer avant que la nuit tombe. Chacun se relaie pour donner des coups de pelle dans le quin-zhee qui, petit à petit, prend forme à l’intérieur. Mais le processus est long et parfois fastidieux tant la neige est gelée. Il faudra toute la détermination du groupe pour que le chantier avance, toujours sous la supervision de Maxime, qui n’est par ailleurs pas le dernier pour motiver ses troupes et surtout mettre de grands coups de pelle. Leader par l’exemple, il fait en sorte que « ses » jeunes vivent l’expérience de la meilleure manière possible.

Au fur et à mesure que le soleil tombe derrière le bois, ce qui nous offre par la même occasion une lumière tamisée très agréable, la température connaît aussi une petite baisse et chacun doit faire attention à ne pas prendre froid, d’autant plus que tout le monde est mouillé à cause de la neige qui, inévitablement, nous tombe dessus à chaque coup de pelle dans le quin-zhee. Doucement mais sûrement, les trois abris voient le jour à la tombée de la nuit. De quoi souffler un peu, préparer sereinement le souper et, comme toujours, échanger avec le sourire.

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De gauche à droite : Jeanna, service civique à l’ASC, Maxime, animateur, Claude, directeur du programme des jeunes et Louis-Vianney, service civique à l’ASC.

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Il y a une certaine fierté lors des dernières retouches à voir, là devant nous, un abri entièrement construit de nos mains. Et la fierté se transforme vite en soulagement quand, lorsqu’on s’allonge à l’intérieur, on se rend compte qu’il y fait bien moins froid qu’à l’extérieur. La neige tassée a un effet isolant important et va nous permettre de passer la nuit sereinement. Après un changement intégral d’habits pour tout le monde afin de ne pas prendre froid dans ses vêtements mouillés, le souper arrive vite et l’heure de « meubler » son quin-zhee aussi. Sac de couchage rembourré et matelas de sol seront nos meilleurs amis pour la nuit, qui s’annonce assez froide. À l’intérieur, on peut sans problème rester en pull et en collant. La nuit est désormais bien tombée et la lumière, qui filtre à peine à travers les parois en neige, offre un spectacle magnifique, qui fait penser à un ciel étoilé. Le sommeil n’est pas dur à trouver.

Dernier crève-coeur

À la première lueur du jour, le retour à la réalité est rude. Dehors, il neige, le vent est glacial et la température est sans doute descendue bien en-dessous des -10 prévus pour la nuit. Mais qu’importe, tout le monde se retrouve autour de la table pour partager le petit-déjeuner et les anecdotes de la journée précédente et de la nuit. Les rafales de vent ne s’arrêtent pas et, au moment de plier bagage, on se dit que finalement on n’était pas si mal dans notre abri. Dernier crève-cœur, la destruction des quin-zhees pour lesquels nous avons tant transpirés. Ces derniers coups de pelle font un peu plus mal que les autres mais le sentiment du devoir accompli est bien là. Et, il faut l’avouer, c’est aussi assez jouissif et drôle de détruire tous ensemble ces grands tas de neige.

Le bilan de la fin de semaine est en tout cas excellent. Au plus proche de la nature, on se retrouve en tant que personne mais aussi au travers du groupe. Les jeunes scouts du 38e groupe de Bellefeuille, tous motivés, travailleurs et enthousiastes, sont une vraie source d’inspiration et portent fièrement les valeurs scoutes. Maxime, leur animateur, peut être satisfait. Ce camping d’hiver, le premier d’une longue liste pour beaucoup de ces jeunes, a tenu toutes ses promesses : il faut le vivre pour comprendre à quel point c’est un important passage dans la vie d’un scout canadien.

Louis-Vianney Simonin, service civique au service communication de l’ASC

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