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21 septembre 2020

Mot du président sortant, M. Jean-Marc Pitchen

Mot du président sortant à l’Assemblée générale annuelle conjointe du 19 septembre 2020

Permettez-moi d’ajouter une touche personnelle à mon dernier discours.

Je ne solliciterai pas d’autre mandat au sein du conseil d’administration.  Je quitte les hautes sphères des SMM pour consacrer du temps à ma jeune famille qui a besoin d’un papa présent.  C’est un choix personnel, muri et décidé depuis longtemps.  Je quitte le CA serein.

Beaucoup de collègues, amis et membres que j’ai côtoyé durant mes 7 années au conseil, vont me manquer. Il y a par contre des choses qui ne me manqueront pas. Entre autres, les « 2 heures par semaine » qu’on m’avait vendu il y a 24 ans quand je suis devenu animateur à Ste-Catherine-De-Sienne. Si ce n’était que 2h par semaine et qu’on étalait le temps passé à le faire, ça ferait 137 ans de scoutisme dans le SISC, minimum.

De mes années au CA, quelques constats s’imposent:

Les bénévoles de terrain font un travail extraordinaire avec nos jeunes, partageant avec eux les valeurs d’un mouvement que nous aimons tout autant que lorsqu’on avait leur âge.

Les gestionnaires s’efforcent de donner les outils et le support à leurs animateurs pour y arriver.

Les instances supérieures rivalisent d’ingéniosité pour les encadrer et surtout trouver un cadre ou tout cela est possible.  Chose particulièrement ardue dans notre société moderne toujours plus craintive.

Justement!

Certains des aspects les plus négatifs de notre société transparaissent dans toutes ces interactions et au final ne feront que nuire au mouvement. Est-il normal que dès qu’une situation devient un peu plus corsée, le reflexe soit d’aller se plaindre au palier supérieur pour avoir tout simplement raison?  Qu’on en vienne à ostraciser toute une catégorie de gens, qu’on réagisse en « Karen » pour utiliser l’expression du moment? Est-il normal que des groupes établis avec des gestionnaires de plus de 20 ans d’expérience viennent à fermer par manque de relève? Est-il normal que des gens s’accrochent à leur position jusqu’au burnout ou parce que c’est le seul endroit où ils ont l’impression d’avoir du contrôle, qu’ils en viennent à nuire au mouvement plus qu’autre chose à la fin? Est-ce normal qu’on amalgame des conflits de personnalité, des rumeurs, des citations de loi et des règlements pour défendre l’indéfendable? Est-il normal que des accusations gratuites, publiques et frôlant la diffamation aient lieu dans nos rassemblements et dans nos pages de réseaux sociaux?

Est-il normal que le lendemain de l’annonce d’un changement de poste ou d’un départ, des adultes du mouvement s’empressent pour « bitcher » sur les gens, et je suis poli. Et ces adultes ont le culot de signer leurs communications: « un scout »? Est-il normal qu’un groupe décide de faire un camp de chefs cet été, malgré l’interdiction de camps, que font-ils de mieux que les autres, ils savent quelque chose que l’on ne sait pas? Est-il normal qu’on ignore les lois et codes de la société en citant les « valeurs scoutes » mais que ces mêmes valeurs prennent le bord quand ça nous arrange? Cela rabaisse nos lois et valeurs à de vulgaires sophismes.

Je n’y vois pas des comportements dignes de scouts et pourtant ce sont ces mêmes personnes qui usent à foison de l’argument scout par excellence : « c’est pour les jeunes ».  Quand, au fond ça devrait être « je me moi, me myself and I en chinois ». Il y a longtemps que ce n’est plus du scoutisme quand on en est rendu là.

Comment s’est-on rendu là, je ne sais pas, nous avons tous probablement notre part de blâme et pourtant nous sommes la solution. Le mouvement a ceci de beau: c’est un mouvement.  Il n’est ni fixé dans le temps ni dans l’espace.

Un chef me disait que c’est bien beau une tradition, mais faire une tradition parce que c’est une tradition, sans réfléchir au tenants et aboutissants de celle-ci revient à s’ankyloser et rester confortable dans ses pantoufles. Il faut savoir faire un tri et laisser parfois des choses dans le passé et regarder vers l’avenir. L’esprit critique que nous inculquons à nos jeunes est un des plus grands cadeaux qu’on peut leur faire, mais nous oublions trop souvent de l’appliquer nous-même.

Nous formons la jeunesse d’aujourd’hui et les adultes de demain, il faut toujours s’en rappeler. Notre réflexion doit être introspective d’abord et partagée avec les autres par la suite. Une des pistes de solution est de faire confiance aux jeunes, c’est leur mouvement après-tout.  Écoutons-les, ils en ont des idées et des bonnes en plus. On a bien vu avec Greta Thunberg combien de nos jeunes l’ont suivi. Ils étaient là parmi les 500 000 de l’automne dernier. Ils ont de l’énergie, de la passion et une volonté de changement. On dirait même qu’ils veulent tout casser parfois. Accompagnons-les, canalisons cette énergie, on peut leur donner les trucs, on est passé par là et on a eu la chance d’avoir des guides, des chefs que nous essayons d’émuler.

Le district des SMM est devant de grands défis et il semble qu’on le dit à chaque année depuis toujours.  Notre monde est en continuel changement et sachons-nous y adapter, il en va de notre survie. N’agissons pas en réactionnaires en se basant sur la gloire du passé mais innovons, brisons les portes et les chaines de notre société. Prenons exemple sur nos jeunes et cherchons à comprendre ce qui les motive aujourd’hui et travaillons avec eux. On en sera que plus forts et le mouvement pourra redevenir le phare qu’il a déjà été. Nous sommes à la base un mouvement d’éducation informelle, par le jeu et la nature. Les enjeux environnementaux qui concernent notre société passionnent nos jeunes et il est tellement facile de devenir des leaders à cet égard.

Nous avons tellement plus à offrir, à nous de saisir la balle au bond. Nous avons eu la chance d’avoir une commissaire jeune, dynamique et passionnée en la personne de Carol-Ann. Lors de l’audit RH, un des plus gros constats qui est ressorti est l’impact de son embauche sur les SMM. Tous ont dit que c’était une bouffée de fraicheur. Elle n’a pas toujours fait l’unanimité auprès de nos membres, mais elle a toujours oeuvré à rendre le mouvement scout montréalais dynamique et pour tous. Elle a démontré un esprit d’innovation dont le district avait grand besoin.

Malheureusement, les circonstances font que des gens ont décidé qu’elle ne cadrait pas dans leur vision et lui ont coupé les ailes.  Personnellement, je pense qu’on lui a fait une grande injustice.  Au lieu de saluer la jeunesse, l’innovation et la passion, ses mandataires passent le message que le statut quo est de mise même si la société change tellement vite qu’on a de la misère à suivre. C’est comme ça qu’on en arrive aux constats que je faisais plus tôt.

Quand va-t-on arrêter de se regarder le nombril et de faire du surplace?  Quand est-ce qu’on va se parler et s’écouter au lieu de hurler plus fort que son prochain? J’ose une réponse; ce sera quand on va arrêter de déclarer qu’on est un mouvement de jeunes, pour les jeunes et par les jeunes, mais plutôt lorsqu’on on va le faire, point barre! Ce sera quand les jeunes auront les rôles décisionnels à tous les paliers, pas juste sur la saveur du jello au camp. Ce sera quand les têtes blanches laisseront les jeunes voler de leurs propres ailes!  Ils les ont formés, ils savent ce dont ils sont capables.

En démontrant cette ouverture envers leur relève, nos vétérans auront l’immense privilège de voir s’épanouir ceux qu’ils ont formé et ainsi devenir les sages que l’on consultera comme des anciens sous l’arbre à palabre.  Ce n’est pas une condamnation à dépérir mais le déroulement normal du passage de la jeunesse à l’expérience.

J’ai 42 ans, j’ai passé toute ma vie adulte dans le scoutisme, d’aucuns diront que je suis vieux pourtant. Or j’ai laissé ma place à d’autres au fil du temps, au CA, dans les différentes unités ou j’ai animé, au conseil de gestion de mon groupe. Comment je l’ai fait, c’est simple, j’ai fait confiance à ceux que j’ai formé, je leur ai passé le flambeau et je suis fier de ce qu’ils font à ma suite. Ils continuent de me consulter de temps en temps et ils finissent par suivre des parcours similaires avec les jeunes qu’ils forment. La boucle est bouclée.

Voilà, vous avez le choix comme assemblée générale, comme scout et comme humain de prendre ce que je viens de vous dire et d’en faire ce que vous voulez. J’ai toujours dit à mes jeunes que je semais des idées et que c’était à eux de les faire pousser et de séparer le bon grain de l’ivraie.

À voir la qualité des gens devant moi j’ai confiance.

Merci, Au revoir et bonne continuation.

Jean-Marc Pitchen

Président sortant du Conseil d’administration des Scouts du Montréal métropolitain et des Bases de plein air des Scouts du Montréal métropolitain

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